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Le risque d’égarement des esprits en particulier juvéniles par les réseaux sociaux a été aperçu par l’église catholique depuis plus de vingt ans. Les paroles du pape François datées de 2019 sont particulièrement clairvoyantes et utiles à relire à la lumière de la condamnation par la justice américaine de Facebook cf. Revue de presse sur ce site :
Il est intéressant de relire la déclaration Dignitas infinita sur la dignité humaine (2003) du dicastère pour la foi qui, au nom de la dignité humaine, met en garde contre la « violence numérique« . Que l’on adhère ou non aux autres positions doctrinales de cette déclaration proscrivant l’avortement, l’euthanasie et récusant le changement de genre, cette partie de la déclaration inspirée de l’exhortation Christus vivit « aux jeunes et à tout le peuple de Dieu » du pape François du 25 mars 2019 nous semble très clairvoyante, en particulier quand elle référence les déclarations du pape François mettant en garde sur :
L’immersion dans le monde virtuel a favorisé une sorte de “migration numérique”, c’est-à-dire un éloignement de la famille ainsi que des valeurs culturelles et religieuses, qui conduit beaucoup de personnes dans un monde de solitude et d’auto-invention, à tel point qu’elles font l’expérience d’un déracinement même si elles demeurent physiquement au même endroit.
Déclaration Dignitas infinita sur la dignité humaine (2003)
Violence numérique
61. Le progrès des technologies numériques, bien qu’il offre de nombreuses possibilités de promouvoir la dignité humaine, tend de plus en plus à créer un monde dans lequel se développent l’exploitation, l’exclusion et la violence, qui peuvent aller jusqu’à porter atteinte à la dignité de la personne humaine. Il suffit de penser à la facilité avec laquelle, par ces moyens, on peut mettre en danger la bonne réputation de quelqu’un par des fausses nouvelles et des calomnies. Sur ce point, le Pape François souligne qu’« il n’est pas sain de confondre la communication avec le contact purement virtuel. De fait, “le monde numérique est aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du dark web. Les médias numériques peuvent exposer au risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète, entravant ainsi le développement d’authentiques relations interpersonnelles. De nouvelles formes de violence se diffusent à travers les social media, comme le cyber bizutage ; le web est aussi un canal de diffusion de la pornographie et d’exploitation des personnes à des fins sexuelles ou par le biais des jeux de hasard” ».[110] Et c’est ainsi que, là où les possibilités de connexion se multiplient, il arrive paradoxalement que chacun se retrouve de plus en plus isolé et démuni de relations interpersonnelles : « dans la communication numérique, on veut tout montrer et chaque personne devient l’objet de regards qui fouinent, déshabillent et divulguent, souvent de manière anonyme. Le respect de l’autre a volé en éclats, et ainsi, en même temps que je le déplace, l’ignore et le tiens à distance, je peux sans aucune pudeur envahir sa vie de bout en bout ».[111]De telles tendances représentent une face sombre du progrès numérique.
62. Dans cette perspective, si la technologie doit servir la dignité humaine et non lui nuire et si elle doit promouvoir la paix plutôt que la violence, la communauté humaine doit être proactive en abordant ces tendances dans le respect de la dignité humaine et en promouvant le bien : « En ce monde globalisé “les médias peuvent contribuer à nous faire sentir plus proches les uns des autres ; à nous faire percevoir un sens renouvelé de l’unité de la famille humaine, qui pousse à la solidarité et à l’engagement sérieux pour une vie plus digne [pour tous…] Les médias peuvent nous aider dans ce domaine, surtout aujourd’hui, alors que les réseaux de communication humaine ont atteint une évolution extraordinaire. En particulier, internet peut offrir plus de possibilités de rencontre et de solidarité entre tous, et c’est une bonne chose, c’est un don de Dieu”. Mais il est nécessaire de s’assurer constamment que les formes de communication actuelles nous orientent effectivement vers une rencontre généreuse, vers la recherche sincère de la vérité intégrale, le service des pauvres, la proximité avec eux, vers la tâche de construction du bien commun ».[112]
EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE 2019
CHRISTUS VIVIT
DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS
AUX JEUNES ET À TOUT LE PEUPLE DE DIEU
Le monde numérique
86. « Le monde numérique caractérise le monde contemporain. De vastes portions de l’humanité y sont plongées de manière ordinaire et continuelle. Il ne s’agit plus seulement d’”utiliser” des instruments de communication, mais de vivre dans une culture largement numérisée, qui influence profondément les notions de temps et d’espace, la perception de soi, des autres et du monde, la façon de communiquer, d’apprendre, de s’informer et d’entrer en relation avec les autres. Une approche de la réalité qui tend à privilégier l’image par rapport à l’écoute et à la lecture a une incidence sur la façon d’apprendre et sur le développement du sens critique ».[39]
87. Internet et les réseaux sociaux ont créé une nouvelle manière de communiquer et de se mettre en relation et « sont des espaces où les jeunes passent beaucoup de temps et se rencontrent facilement, même si tous n’y ont pas accès de la même façon, en particulier dans certaines régions du monde. Quoi qu’il en soit, ils constituent une extraordinaire opportunité de dialogue, de rencontre et d’échange entre les personnes, et donnent accès à l’information et à la connaissance. En outre, l’environnement numérique est un contexte de participation sociopolitique et de citoyenneté active et il peut faciliter la circulation d’une information indépendante capable de protéger efficacement les personnes les plus vulnérables en révélant au grand jour les violations de leurs droits. Dans de nombreux pays, internet et les réseaux sociaux représentent désormais un lieu incontournable pour atteindre les jeunes et les faire participer, notamment aux initiatives et aux activités pastorales ».[40]
88. Mais pour comprendre ce phénomène dans son intégralité, il faut reconnaître que, comme toute réalité humaine, il comporte des limites et des carences. Il n’est pas sain de confondre la communication avec le contact purement virtuel. De fait, « le monde numérique est aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du dark web. Les médias numériques peuvent exposer au risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète, entravant ainsi le développement d’authentiques relations interpersonnelles. De nouvelles formes de violence se diffusent à travers les social media, comme le cyber bizutage ; le web est aussi un canal de diffusion de la pornographie et d’exploitation des personnes à des fins sexuelles ou par le biais des jeux de hasard ».[41]
89. On ne devrait pas oublier que « de gigantesques intérêts économiques opèrent dans le monde numérique. Ils sont capables de mettre en place des formes de contrôle aussi subtiles qu’envahissantes, créant des mécanismes de manipulation des consciences et des processus démocratiques. Le fonctionnement de nombreuses plates-formes finit toujours par favoriser la rencontre entre les personnes qui pensent d’une même façon, empêchant de faire se confronter les différences. Ces circuits fermés facilitent la diffusion de fausses informations et de fausses nouvelles, fomentant les préjugés et la haine. La prolifération des fake news est l’expression d’une culture qui a perdu le sens de la vérité et qui soumet les faits à ses intérêts particuliers. La réputation des personnes est mise en danger par des procès sommaires online. Le phénomène concerne aussi l’Eglise et ses pasteurs ».[42]
90. Dans un document qu’ont préparé trois cents jeunes du monde entier avant le Synode, ceux-ci ont indiqué que « les relations online peuvent devenir inhumaines. Les espaces numériques nous rendent aveugles à la vulnérabilité des autres et empêchent la réflexion personnelle. Des problèmes comme la pornographie déforment la perception que le jeune a de la sexualité humaine. La technologie utilisée de cette manière crée une réalité parallèle illusoire qui ignore la dignité humaine ».[43]L’immersion dans le monde virtuel a favorisé une sorte de “migration numérique”, c’est-à-dire un éloignement de la famille ainsi que des valeurs culturelles et religieuses, qui conduit beaucoup de personnes dans un monde de solitude et d’auto-invention, à tel point qu’elles font l’expérience d’un déracinement même si elles demeurent physiquement au même endroit. La vie nouvelle et débordante des jeunes, qui les pousse à chercher et à affirmer leur personnalité, est confrontée aujourd’hui à un nouveau défi : interagir avec un monde réel et virtuel dans lequel ils pénètrent seuls comme dans un continent global inconnu. Les jeunes d’aujourd’hui sont les premiers à faire cette synthèse entre ce qui est personnel, ce qui est propre à chaque culture et ce qui est global. C’est pourquoi il faut qu’ils parviennent à passer du contact virtuel à une bonne et saine communication.
Texte référencé par le pape François
SYNODE DES ÉVÊQUES XVème ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE
Les jeunes, la foi et
le discernement vocationnel
DOCUMENT PRÉPARATOIRE
I LES JEUNES DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI 2. Les nouvelles générations
Vers une génération (hyper)connectée
Les jeunes générations sont aujourd’hui caractérisées par le rapport avec les technologies modernes de la communication et avec ce que l’on appelle communément le “ monde virtuel ”, mais qui comporte aussi des effets bien réels. Celui-ci offre des possibilités d’accès à une série d’opportunités que les générations précédentes n’avaient pas et, en même temps, il présente certains risques. Il est très important de mettre en évidence le fait que l’expérience de relations relayées technologiquement structure la conception du monde, de la réalité et des rapports interpersonnels ; c’est à cela qu’est appelée à se confronter l’action pastorale, qui a besoin de développer une culture adéquate.
Chapitre II
Trois aspects cruciaux
Les nouveautés du monde digital
Une réalité omniprésente
21. Le monde digital caractérise le monde contemporain. De vastes portions de l’humanité y sont plongées de manière ordinaire et continuelle. Il ne s’agit plus seulement d’“ utiliser ” des instruments de communication, mais de vivre dans une culture largement digitalisée, qui influence profondément les notions de temps et d’espace, la perception de soi, des autres et du monde, la façon de communiquer, d’apprendre, de s’informer et d’entrer en relation avec les autres. Une approche de la réalité qui tend à privilégier l’image par rapport à l’écoute et à la lecture a une incidence sur la façon d’apprendre et sur le développement du sens critique. Il est clair désormais que « l’environnement numérique n’est pas un monde parallèle ou purement virtuel, mais fait partie de la réalité quotidienne de nombreuses personnes, en particulier des plus jeunes » (Benoît XVI, Message pour la XLVIIème Journée Mondiale des Communications Sociales).
22. Le Web (internet) et les social networks (réseaux sociaux) sont des espaces où les jeunes passent beaucoup de temps et se rencontrent facilement, même si tous n’y ont pas accès de la même façon, en particulier dans certaines régions du monde. Quoi qu’il en soit, ils constituent une extraordinaire opportunité de dialogue, de rencontre et d’échange entre les personnes, et donnent accès à l’information et à la connaissance. En outre, l’environnement digital est un contexte de participation sociopolitique et de citoyenneté active et il peut faciliter la circulation d’une information indépendante capable de protéger efficacement les personnes les plus vulnérables en révélant au grand jour les violations de leurs droits. Dans de nombreux pays, internet et les réseaux sociaux réprésentent désormais un lieu incontournable pour atteindre et faire participer les jeunes, notamment aux initiatives et aux activités pastorales.
Le côté sombre du réseau
23. Le monde digital est aussi un espace de solitude, de manipulation, d’exploitation et de violence, jusqu’au cas extrême du dark web. Les médias digitaux peuvent exposer au risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète, entravant ainsi le développement d’authentiques relations interpersonnelles. De nouvelles formes de violence se diffusent à travers les social media, comme le cyber bizutage ; le web est aussi un canal de diffusion de la pornographie et d’exploitation des personnes à des fins sexuelles ou par le biais des jeux de hasard.
24. Enfin, de gigantesques intérêts économiques opèrent dans le monde digital. Ils sont capables de mettre en place des formes de contrôle aussi subtiles qu’envahissantes, créant des mécanismes de manipulation des consciences et des processus démocratiques. Le fonctionnement de nombreuses plates-formes finit toujours par favoriser la rencontre entre les personnes qui pensent d’une même façon, empêchant de faire se confronter les différences. Ces circuits fermés facilitent la diffusion de fausses informations et de fausses nouvelles, fomentant les préjugés et la haine. La prolifération des fake news est l’expression d’une culture qui a perdu le sens de la vérité et qui soumet les faits à ses intérêts particuliers. La réputation des personnes est mise en danger par des procès sommaires on line (en ligne). Le phénomène concerne aussi l’Église et ses pasteurs.
Dès 2002, le Conseil pontifical pour les communications sociales met en garde contre l’isolement pathologique.
CONSEIL PONTIFICAL POUR LES COMMUNICATIONS SOCIALES – L’EGLISE ET INTERNET – 2002
L’isolement pathologique
7. L’éducation et la formation représentent un autre domaine d’opportunité et de besoin. « Aujourd’hui, tout le monde a besoin d’une forme continue d’éducation aux médias, que ce soit à travers l’étude personnelle ou en participant à un programme organisé, ou les deux. Plus que d’enseigner uniquement des techniques, l’éducation aux médias aide à éveiller chez les gens le bon goût et un jugement moral authentique. Il s’agit d’une sorte de formation des consciences. À travers ses écoles et ses programmes de formation, l’Eglise devrait donner en matière de médias une éducation de ce genre ».[32]
L’éducation et la formation à Internet devrait faire partie de programmes complets d’éducation aux médias accessibles aux membres de l’Eglise. Dans la mesure du possible, le plan pastoral des communications sociales devrait prendre en compte cette préparation dans la formation des séminaristes, des prêtres, des religieux et du personnel pastoral laïc, ainsi que des enseignants, des parents et des étudiants.[33]
Il faudrait en particulier enseigner aux jeunes « non seulement à se comporter en chrétiens en tant qu’usagers, mais encore à utiliser activement toutes les possibilités d’expression qu’offrent les médias […] S’il en est ainsi, les jeunes seront les vrais citoyens de cet âge des communications sociales dont nous entrevoyons les débuts » [34] — un âge dans lequel les médias sont considérés comme « faisant partir d’une culture encore inachevée dont les pleines implications sont encore imparfaitement discernées ».[35] L’enseignement en ce qui concerne Internet et la nouvelle technologie comporte donc bien plus que des techniques d’enseignement; les jeunes doivent apprendre à bien s’intégrer dans le monde de l’espace cybernétique, à émettre des jugements judicieux, selon des critères moraux solides, sur ce qu’ils y trouvent, et à utiliser cette nouvelle technologie pour leur développement intégral et au bénéfice des autres.
[…] Aux parents: Pour le bien de leurs enfants, ainsi que pour leur propre bien, les parents doivent « acquérir et mettre en pratique des talents de spectateurs, d’auditeurs et de lecteurs avisés, jouant le rôle de modèles d’utilisation informée des médias à la maison ».[49] En ce qui concerne Internet, les enfants et les jeunes sont souvent plus familiarisés avec cet outil que leurs parents; mais les parents sont toutefois obligés de guider et de contrôler leurs enfants en ce qui concerne son utilisation.[50] Si cela signifie apprendre à connaître davantage Internet que ce qu’ils en savent jusqu’à présent, ce sera d’autant plus bénéfique.
Le contrôle parental devrait s’assurer qu’une technique de filtrage est utilisée sur les ordinateurs accessibles aux enfants afin de les protéger le plus possible des dangers de la pornographie, des prédateurs sexuels et d’autres menaces. Un accès non contrôlé à Internet ne devrait pas être permis. Les parents et les enfants devraient discuter ensemble de ce que ces derniers voient et expérimentent dans l’espace cybernétique; partager les expériences avec d’autres familles ayant les mêmes valeurs et préoccupations sera également utile. La tâche parentale fondamentale consiste ici à aider les enfants à devenir des usagers informés et responsables d’Internet.
Aux enfants et aux jeunes: Internet est une porte qui ouvre sur un monde séduisant et fascinant, exerçant une forte influence sur leur formation; mais, de l’autre côté de cette porte, tout n’est pas sain, sûr et vrai. « Les enfants et les jeunes devraient être acheminés vers la formation en ce qui concerne les médias, en évitant d’emprunter la voie facile de la passivité privée de critique, de la pression de leurs camarades et de l’exploitation commerciale ».[51] Les jeunes se doivent — et ils le doivent également à leurs parents, leurs familles, leurs amis, leurs pasteurs et leurs enseignants, et enfin à Dieu — de faire un bon usage d’Internet.
Internet met à la portée des jeunes, à un âge inhabituellement bas, l’immense capacité à faire le bien et à faire le mal, à eux-mêmes et aux autres. Il peut enrichir leurs vies au-delà des rêves des générations précédentes et leur permettre d’enrichir à leur tour la vie des autres. Il peut également les plonger dans la consommation, l’imagination pornographique et violente, et l’isolement pathologique.
Les enfants, comme on l’a souvent dit, représentent l’avenir de la société et de l’Eglise. Une correcte utilisation d’Internet peut contribuer à les préparer à leurs responsabilités dans ces deux milieux. Mais ce ne sera pas automatiquement le cas. Internet n’est pas seulement un outil de divertissement, ni de gratification liée à la consommation. C’est un outil pour accomplir un travail utile, et les jeunes doivent apprendre à le considérer et à l’utiliser comme tel. Dans l’espace cybernétique, du moins autant qu’ailleurs, les jeunes peuvent être appelés à aller à contre-courant, à pratiquer la contre-culture, et même a subir une sorte de martyre au nom de ce qui est vrai et bon.